"En vérité, l'amour de l'art ne se donne pas plus qu'il ne s'explique."
" [...] je défie qui que ce soit de rester insensible à la puissance de cette musique, elle est telle qu'on en oublie : la vie, son voisin de fauteuil, et même le souci d'une attitude convenable, tant on voudrait pousser des cris de joie. On se résout difficilement à faire un bruit ridicule avec ses mains, ça ne suffit certainement pas à remercier un homme de vous avoir donné des minutes de bonheur."
" [la musique] a un Passé dont il faudrait remuer les cendres : elles contiennent cette flamme inéteignable à laquelle notre Présent devra toujours une part de sa splendeur."

John-Philip Sousa, le compositeur américain des célèbres marches "
The Star and Stripes Forever" et "Washington Post" faisait une tournée en Europe avec son orchestre à vents ; cela n'a pas échappé à l'ironie de notre compositeur impressionniste national :

"Enfin !... le roi de la musique américaine est dans nos murs ! C'est-à-dire que M. J.-P. Sousa "and his band" va, pendant toute cette semaine, nous révéler les beautés de la musique américaine avec la manière de s'en servir dans les meilleures sociétés. Il faut, à vrai dire, être singulièrement doué pour conduire cette musique. C'est ainsi que M. Sousa bat la mesure circulairement, ou bien secoue une imaginaire salade, ou balaie une invisible poussière et attrape un papillon sorti d'un tuba-contrebasse.
Si la musique américaine est unique à rythmer d'indicibles "cake-walk", j'avoue que pour l'instant cela me paraît sa seule supériorité sur l'autre musique... et M. Sousa en est incontestablement le roi."

Sur la musique "d'avant-garde" :
"En effet la forme peut être gauche, maladroite, mais contenir le germe de l'idée dont, beaucoup plus tard, un autre dégagera la beauté.
Il faut balbutier avant de parler, ce qu'on oublie volontairement à notre époque "d'arrivisme" forcené, où s'accumulent des oeuvres qui ne répondent qu'à ce besoin de satisfaire une mode, forcément précaire. Et tant "d'arrivistes" qui ne sont même jamais partis ! Quand se décidera-t-on à détruire l'opinion, trop courante, qu'il est aussi facile d'être artiste que dentiste ? Quand cessera-t-on de multiplier des moyens de divulgation aussi dangereux qu'inutiles ! Beethoven, dont s'autorisent tant de professeurs d'énergie, a dû décourager pas mal de gens ; il savait trop bien, lui, que l'art est un sacrifice. Aujourd'hui on le propose comme exemple dans sa gloire indestructible ! Ce n'est pas très malin, et c'est tricher au jeu des possibilités."
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