Réaction suite à la lecture de
cet article,
qui prône - encore ! - la soi-disant malheureuse situation de la "musique classique" qui est affaiblie dans notre monde dégénérescent.
Il ne faut pas être si alarmiste !
En considérant la musique classique dans notre société actuelle, que beaucoup considère décadente - ce qui est ridicule : à n'importe quelle époque il serait possible de voir une décadence, et bien
plus souvent auparavant qu'aujourd'hui ! -, on peut voir qu'elle se porte bien ! De nombreux évènements sont construits autour de la musique classique.
Arrêtons de nous plaindre, cela n'encourage guère l'action.
Il faut savoir vivre avec son temps ; pourquoi ne pas accepter de la nommer ainsi : musique classique ? Après tout, c'est une évolution qui a amené cette nomination ; il ne faut
pas s'insurger, cela permet de garder une certaine identité.
Certes, il est vrai que les musiques d'aujourd'hui sont une évolution, succèdent à la musique "classique".
"Musique savante" avait été retenue, mais bien des musiciens d'autres styles s'indignaient alors : leurs musiques - jazz, funk, rock,... - ne seraient pas savantes ?!
Il y a de la musique de mauvais goût dans tous les styles ; évitons de faire un amalgame entre le concept tant discrédité Star-Ac' - ce n'est pas une critique de la variété ici
qui nous concernerait, mais celle d'une idée quelque peu dégradante, télévisuelle - et la bonne musique de variété.
Pourquoi notre situation est-elle bien plus progressiste que nous le pensons ?
# Le monde musical amateur est en plein essor :
Chaque année, nos institutions et associations participent à la concrétisation de très nombreuses commandes passées à nos compositeurs d'aujourd'hui, qu'ils soient connus, reconnus, ou
débutants.
D'ailleurs, il n'y a peut-être jamais eu autant de compositeurs qu'aujourd'hui.
Les directeurs musicaux et musiciens en charge de la direction d'ensembles sont de plus en plus formés pour cela, des diplômes reconnus nationalement ont été créés, pour permettre la reconnaissance
de ces musiciens, formateurs.
Le niveau de nos orchestres amateurs a donc considérablement évolué vers le haut ces dernières années ; les plus petits villages abritent souvent parmi les meilleurs orchestres amateurs, avec des
pupitres au complet !
De plus, les références professionnelles pour ces amateurs - je pense plus spécifiquement aux ensembles à vents -, à savoir nos orchestres des armées et des polices, recrutent dorénavant des
musiciens professionnels, pour la plupart sortant des Conservatoires Supérieurs de Paris et de Lyon ; leur niveau a donc également progressé. Commandes, créations, travail avec nos grands
compositeurs (de Dondeyne à Gotkovsky, en passant par Lévinas, Boutry, Escaich,...) et nos grandes institutions (désormais, au sein de la classe d'orchestration du CNSM de Paris, la formation
d'orchestre d'harmonie est abordée, en collaboration avec la
Musique
des Gardiens de la Paix de Paris), sont l'apanage de ces orchestres.
# "L'orchestre à l'école" est une réussite ; les
facteurs d'instruments se sont joints au projet, certains parcs instrumentaux d'orchestres sont renouvelés et les anciens instruments légués aux écoles, les scolaires
participent activement aux concerts,...
# Le "
Grand Prix Lycéen des Compositeurs" permet aux élèves [et à leurs
professeurs] de connaître la "nouvelle génération" de nos compositeurs contemporains, et s'intéresser ainsi à la création musicale d'aujourd'hui.
# L'intérêt des médias pour la musique classique n'est pas caduc ! L'émission de télévision "
Les
Victoires de la musique classique" rencontre encore une large audience ; de nombreux festivals (Orange, Folle Journée de Nantes, etc., etc.) sont popularisés (Arte ou France Télévisions
diffusent régulièrement ces concerts, spectacles,...)...
Les vedettes existent dans le monde classique ! la Callas était sûrement moins célèbre qu'un Roberto Alagna au même âge ; remettons les choses dans leur contexte historique...
Il y a d'ailleurs une prolifération de vedettes, d'où cet effet inverse qui donne l'impression qu'il n'y en a plus ; un exemple simple : les pochettes de disques ; elles ne nous montrent
aujourd'hui, pour la majorité, que l'interprète des oeuvres, photographié à la manière des magazines de beauté et de mode.
Pour le public, ce n'est plus intéressant de savoir si Roberto Alagna est ténor, baryton ou basse, l'entendre chanter un "air connu" suffit amplement.
Tout cela fait partie de la vulgarisation de la musique classique, nécessaire à l'épanouissement de ses artistes, me semble-t-il.
Oui, l'école n'a pas fait son travail ; et donc, oui, il est nécessaire d'éduquer à nouveau le public à la musique classique.
Jean-François Zygel contribue à cela également. Qui, du public, se fiche de savoir que Zygel fait également partie de la nouvelle génération de grands compositeurs
français, et voudrait entendre sa musique ? Ce doit être fort frustrant pour notre compositeur/animateur, mais je crois qu'il suffit d'un peu de patience pour que cela soit possible.
Mais, qui a dit que cet intérêt pour la musique classique était différent au XIXe ou au XVIIIe siècles ? Il y eut un public qui se permettait de ne pas applaudir ou crier ce qui
ne lui plaisait pas, il y eut un public cireux ou crotté !
La neutralité du public d'aujourd'hui n'est qu'une conséquence de la globalisation de la pensée, et donc de l'opinion, du goût.
Cela pourrait probablement s'inverser s'il y a exagération.
Quant à la "relève asiatique", je n'y crois pas ; l'authenticité - plus que la "copie" - sera de plus en plus recherchée ; car, en effet, ce n'est guère dans l'intérêt de ces
jeunes asiatiques que de vouloir imiter les européens et leur musique. Il me semble que préserver leur patrimoine musical, traditionnel évidemment, serait d'une bien meilleure utilité artistique.
Toutefois, si cette excellence asiatique formée à la musique occidentale reste attachée à ses racines et contribue à l'évolution de la musique en Orient, ce n'est pas un mal ? Il faut prendre en
considération la notion d'échange également, dans cette affaire.
Certes il semble que notre Président n'est pas un exemple d'érudition en matière de musique [notamment...], mais soyons sûrs que la musique classique elle-même ne perdra jamais
dans la bataille de l'histoire ; les Beethoven, Schubert, Stravinsky et Boulez resteront à jamais du génie humain.
Notre frustration présente n'est due qu'à notre courte existence et donc l'impression de ne pas être à la hauteur du projet, mais l'avenir de la musique classique est entre de
bonnes mains, non ?
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